# Comprendre les différents tempéraments des chevaux

Le tempérament équin représente l’ensemble des caractéristiques comportementales innées qui définissent la manière dont un cheval réagit à son environnement, aux situations nouvelles et aux interactions sociales. Cette dimension fondamentale de la psychologie équine influence non seulement les performances sportives, mais également la sécurité des cavaliers et le bien-être animal. Alors que certains chevaux affrontent les défis avec assurance et curiosité, d’autres manifestent une réactivité excessive ou une prudence marquée face aux stimuli extérieurs. Comprendre ces variations individuelles permet d’adapter les méthodes d’éducation, de sélectionner les disciplines appropriées et d’établir une relation harmonieuse avec chaque animal. Les recherches scientifiques récentes ont révélé que le tempérament résulte d’une interaction complexe entre facteurs génétiques, développement précoce et fonctionnement neurophysiologique, offrant ainsi des perspectives nouvelles pour l’élevage et la gestion quotidienne des équidés.

Les fondements scientifiques du tempérament équin selon l’échelle de Kiley-Worthington

L’étude systématique du tempérament chez le cheval s’appuie sur des travaux pionniers menés dans les années 1980 par des chercheurs en éthologie équine. L’échelle développée par Marthe Kiley-Worthington constitue l’un des premiers outils standardisés permettant d’évaluer objectivement les traits comportementaux des chevaux. Cette classification repose sur l’observation méthodique des réactions équines face à différentes catégories de stimuli : objets nouveaux, situations d’isolement social, interactions avec l’humain et événements soudains. Le système identifie cinq dimensions principales que sont l’émotivité, la grégarité, l’activité locomotrice, la sensibilité tactile et la réactivité à l’humain.

Les recherches contemporaines ont affiné cette approche en intégrant des mesures physiologiques objectives. La combinaison d’observations comportementales et de biomarqueurs permet désormais une évaluation multidimensionnelle du tempérament. Ces méthodes scientifiques ont démontré que le tempérament présente une stabilité remarquable à travers le temps, contrairement à la personnalité qui évolue avec l’expérience. Les études longitudinales menées sur plusieurs années révèlent que les chevaux conservent leurs traits tempéramentaux fondamentaux, même si l’expression comportementale peut être modulée par l’apprentissage et les conditions environnementales.

La distinction entre tempérament et personnalité revêt une importance capitale pour les professionnels équestres. Le tempérament représente la base biologique innée, tandis que la personnalité englobe les modifications acquises par l’expérience. Un poulain naît avec un tempérament prédéterminé qui influencera ses réactions primaires, mais son éducation, ses interactions sociales et son vécu façonneront progressivement sa personnalité adulte. Cette compréhension permet d’ajuster les attentes réalistes concernant la modification comportementale : si l’éducation peut affiner les réponses et améliorer le contrôle émotionnel, elle ne transformera jamais fondamentalement un cheval naturellement réactif en animal phlegmatique.

Typologie des tempéraments : du cheval sanguin au lymphatique

La classification classique des tempéraments équins s’inspire de la théorie antique des humeurs, adaptée aux spécificités comportementales des chevaux. Cette typologie, bien qu’historique, demeure pertinente pour catégoriser les grandes tendances observables. Elle distingue cinq catégories principales qui reflètent des profils neurophysiologiques distincts, chacun présentant des avantages et des défis spécifiques selon les disciplines équestres pratiquées.

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Le tempérament sanguin : caractéristiques du Pur-Sang anglais et de l’arabe

Le cheval de tempérament sanguin se caractérise par une grande vivacité, une réactivité marquée et une forte capacité d’accélération. Typiquement représentés par le Pur-Sang Anglais et le Pur-Sang Arabe, ces chevaux possèdent un système cardiovasculaire performant, une activité locomotrice élevée et une sensibilité accrue aux stimuli de l’environnement. Leur émotivité est généralement importante, ce qui les rend rapides à réagir, parfois avant même d’avoir pleinement analysé la situation.

Dans la pratique, le cheval sanguin excelle dans les disciplines demandant vitesse, endurance et réactivité, comme les courses, le concours complet ou l’endurance équestre. Toutefois, cette énergie disponible en permanence nécessite une gestion fine du travail et du stress, sous peine de voir apparaître nervosité, défenses ou comportements de fuite. Pour tirer parti de ce tempérament sans le saturer, il est recommandé d’alterner séances courtes et ciblées avec des périodes de détente active, en privilégiant un environnement stable et prévisible.

Le tempérament colérique : réactivité du trakehner et du selle français

Le tempérament colérique se rapproche du sanguin par sa grande énergie, mais s’en distingue par une tendance plus marquée à l’opposition et à la frustration. Des races comme le Trakehner ou certains lignées de Selle Français illustrent bien ce profil : ce sont des chevaux puissants, extrêmement volontaires, mais qui tolèrent mal l’incohérence, la répétition excessive ou les contraintes mal expliquées. Leur émotivité est moyenne à forte, avec une propension à répondre par la défense lorsque la pression devient trop intense.

Avec un cheval colérique, la clé réside dans la clarté des demandes et la cohérence de la relation. Ces chevaux ont besoin de comprendre le sens de l’exercice et d’être régulièrement valorisés pour leurs efforts. Un entraînement varié, basé sur des objectifs progressifs et des pauses fréquentes, permet de canaliser leur énergie sans déclencher de conflits. Bien encadré, ce tempérament donne des athlètes particulièrement performants en saut d’obstacles, en dressage ou en concours complet, capables de s’engager pleinement dans l’effort.

Le tempérament flegmatique : stabilité du quarter horse et du paint horse

À l’opposé du spectre, le cheval de tempérament flegmatique, illustré par le Quarter Horse ou le Paint Horse, se caractérise par son calme, sa tolérance à la nouveauté et sa faible émotivité. Ces chevaux réagissent peu aux stimuli soudains, analysent davantage avant d’agir et conservent une grande stabilité émotionnelle, même dans des environnements chargés (concours, spectacles, travail en ferme). Leur activité locomotrice spontanée est souvent modérée, ce qui les rend plus économes dans leurs déplacements.

Ce profil convient particulièrement aux cavaliers débutants, aux activités de loisirs, au western, au travail en extérieur ou aux pratiques nécessitant du sang-froid, comme l’équitation de travail. Cependant, un cheval flegmatique ne doit pas être confondu avec un cheval « paresseux » : il peut être très disponible à l’effort, à condition que la motivation soit claire et que les demandes soient suffisamment dynamiques. L’enjeu principal consiste à éviter la routine excessive et à maintenir un bon niveau de condition physique, sous peine de voir apparaître une baisse d’impulsion et de motivation.

Le tempérament lymphatique : calme du trait percheron et du clydesdale

Le tempérament lymphatique, souvent associé aux races de trait comme le Percheron ou le Clydesdale, se caractérise par un calme profond, une grande tolérance à la pression et une activité locomotrice spontanée faible. Ces chevaux réagissent peu aux événements soudains et manifestent souvent une forte grégarité, appréciant la compagnie de leurs congénères et des humains familiers. Leur sensibilité tactile peut être moindre, ce qui nécessite parfois des aides plus marquées pour obtenir une réponse.

Ce profil est particulièrement recherché pour l’attelage, le travail agricole, les activités de médiation ou d’équithérapie, où la prévisibilité du comportement et la stabilité émotionnelle sont essentielles. En revanche, le principal risque réside dans une sous-estimation de leurs besoins mentaux et physiques : même très calmes, ces chevaux ont besoin de stimulations variées, de liberté de mouvement et d’interactions sociales de qualité. Pour préserver leur bien-être, on veillera à adapter la charge de travail à leur masse corporelle et à éviter le surpoids, fréquent chez les chevaux de trait peu sollicités.

Le tempérament nerveux : hypersensibilité du Pur-Sang arabe et de l’Akhal-Téké

Le tempérament nerveux se distingue par une hypersensibilité marquée, une vigilance constante et une forte réactivité émotionnelle. Le Pur-Sang Arabe dans certaines lignées, ainsi que l’Akhal-Téké, en sont des exemples typiques : ce sont des chevaux extrêmement sensibles aux sons, aux mouvements et à l’ambiance générale de leur environnement. Leur système nerveux réagit rapidement, ce qui peut se traduire par des sursauts, des comportements de fuite ou des difficultés à se détendre dans des contextes nouveaux.

Travailler avec un cheval nerveux exige une grande finesse de la part du cavalier : des aides très légères, une progression lente, des séances courtes et un recours fréquent au renforcement positif permettent de sécuriser ce profil. Peut-on transformer un tel cheval en « cheval de club » imperturbable ? Non, mais on peut améliorer significativement sa capacité à gérer son stress et à rester disponible. Dans les disciplines d’endurance ou de dressage de haut niveau, cette hypersensibilité peut devenir un atout, à condition d’être correctement canalisée et respectée.

Analyse comportementale et système nerveux autonome du cheval

Pour comprendre pourquoi deux chevaux réagissent si différemment à une même situation, il est indispensable de s’intéresser au système nerveux autonome. Ce système, qui régule les fonctions involontaires (rythme cardiaque, respiration, digestion), se divise en deux branches : le système sympathique, associé à la réaction de fuite ou de combat, et le système parasympathique, lié au repos et à la récupération. Le tempérament équin reflète en partie la dominance relative de l’une ou l’autre de ces branches face aux stimuli du quotidien.

Les recherches en physiologie équine montrent que les profils très réactifs (sanguins, nerveux) activent plus rapidement leur système sympathique, avec une élévation brusque de la fréquence cardiaque et une mobilisation de l’énergie disponible. À l’inverse, les chevaux flegmatiques ou lymphatiques présentent une activation plus lente et plus modérée, revenant plus rapidement à un état de repos. Observer ces différences permet non seulement d’ajuster l’entraînement, mais aussi d’anticiper les risques de surcharge émotionnelle ou de fatigue chronique.

Dominance sympathique versus parasympathique dans les réactions équines

Lorsque le cheval perçoit une menace potentielle, c’est le système sympathique qui prend le relais : augmentation du rythme cardiaque, dilatation des pupilles, tension musculaire, préparation à la fuite. Chez les chevaux à tempérament réactif, cette activation est non seulement plus rapide, mais aussi plus intense et plus durable. On observe alors des comportements de vigilance constante, une difficulté à se relâcher et, parfois, une hypervigilance qui complique l’apprentissage.

À l’opposé, les chevaux chez lesquels la dominance parasympathique est plus marquée reviennent plus vite à un état de calme après un événement stressant. Ce sont souvent ceux que nous qualifions de « froids » ou « posés ». Pour l’éducateur ou le cavalier, l’objectif n’est pas de « désactiver » le système sympathique, indispensable à la survie, mais de développer la capacité du cheval à basculer à nouveau vers un état parasympathique. Des routines prévisibles, des pauses fréquentes et un travail basé sur la relaxation (étirements, marche en main, brouting calme) favorisent ce retour au calme.

La mesure de la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) pour évaluer le stress

La variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) est un indicateur précieux pour évaluer le niveau de stress et l’équilibre entre les branches sympathique et parasympathique. Concrètement, il s’agit d’analyser les variations d’intervalle entre deux battements cardiaques, plutôt que la seule fréquence moyenne. Une VFC élevée traduit une bonne flexibilité physiologique, c’est-à-dire une capacité à s’adapter rapidement aux changements de l’environnement, tandis qu’une VFC faible est souvent associée à un stress chronique ou à une fatigue importante.

Chez le cheval, des études menées en concours complet et en endurance ont montré que les individus présentant une VFC plus élevée récupéraient plus vite après l’effort et toléraient mieux les situations nouvelles. Intégrer la VFC dans l’évaluation du tempérament permet donc d’objectiver ce que l’on ressent intuitivement en observant un cheval « qui gère mieux » le stress. Sur le terrain, l’usage de cardiofréquencemètres adaptés aux équidés offre aux entraîneurs un outil supplémentaire pour affiner le rythme des séances, éviter le surentraînement et adapter les périodes de repos aux besoins individuels.

Corrélation entre cortisol salivaire et tempérament réactif

Le cortisol, hormone clé de la réponse au stress, est fréquemment utilisé comme biomarqueur pour évaluer l’impact d’une situation sur l’organisme. Chez le cheval, la mesure du cortisol salivaire permet de suivre, de manière non invasive, les variations de la réponse au stress aigu ou chronique. Les recherches indiquent que les chevaux à tempérament très émotif ou nerveux présentent, en moyenne, des pics de cortisol plus importants et plus fréquents face aux événements nouveaux (transport, concours, changements d’environnement).

Cependant, il est essentiel d’interpréter ces données avec prudence : un niveau de cortisol élevé ne signifie pas forcément un « mauvais stress », il peut aussi traduire une activation nécessaire à la performance. L’important est d’observer la courbe de retour à la ligne de base. Un cheval dont le cortisol reste élevé longtemps après l’événement est potentiellement en situation de surcharge. En combinant l’observation du comportement, la mesure de la VFC et le dosage du cortisol, on dispose d’une image plus complète du profil de stress de chaque cheval et de sa capacité d’adaptation.

Le rôle de l’amygdale dans les réponses émotionnelles équines

L’amygdale, petite structure située au cœur du cerveau, joue un rôle central dans la détection des menaces et la génération des réponses émotionnelles. Chez le cheval, comme chez les autres mammifères, elle agit comme une « alarme interne » qui analyse rapidement les stimuli sensoriels et déclenche, si nécessaire, une réponse de fuite ou de défense. Les chevaux au tempérament très émotif semblent disposer d’une amygdale particulièrement réactive, ce qui explique leur tendance à « sursauter » avant même que l’humain n’ait perçu le danger potentiel.

On peut comparer l’amygdale à un radar constamment en marche : chez certains chevaux, il tourne à faible intensité, chez d’autres, il est réglé sur la sensibilité maximale. Le travail d’habituation, de désensibilisation progressive et de renforcement positif permet de « recalibrer » en partie ce radar, en apprenant au cheval que certains stimuli ne sont pas dangereux. Cela ne change pas la structure du cerveau, mais modifie la manière dont l’amygdale interprète les signaux, réduisant progressivement la fréquence des réactions de panique et améliorant le confort émotionnel de l’animal.

Facteurs génétiques et héritabilité des traits de caractère

Le tempérament équin n’est pas seulement le fruit de l’éducation ou de l’environnement : il repose en grande partie sur des bases génétiques. Les études de génétique quantitative ont montré que certaines dimensions du tempérament, comme l’émotivité ou la docilité, présentent des coefficients d’héritabilité modérés à élevés (souvent compris entre 0,2 et 0,4). Autrement dit, une part significative de la variabilité observée entre individus est liée aux gènes transmis par les parents.

Pour les éleveurs, cette réalité ouvre des perspectives mais implique aussi des responsabilités : sélectionner des reproducteurs uniquement sur leurs performances sportives, sans tenir compte de leur tempérament, peut conduire à produire des chevaux très talentueux mais difficiles à gérer. Intégrer des critères comportementaux dans les schémas de sélection permet au contraire de favoriser l’émergence de lignées plus stables, plus coopératives et mieux adaptées aux attentes des cavaliers amateurs comme professionnels.

Polymorphismes du gène DRD4 et comportement exploratoire

Parmi les gènes étudiés chez le cheval, le gène DRD4, impliqué dans la régulation des récepteurs dopaminergiques, a suscité un intérêt particulier. Des polymorphismes (variations de séquence) de ce gène ont été associés à des différences de comportement exploratoire, de curiosité et de réactivité à la nouveauté. Les chevaux porteurs de certaines variantes se montrent plus enclins à s’approcher d’un objet inconnu et à investiguer leur environnement, tandis que d’autres variants sont plutôt liés à une prudence accrue.

Peut-on pour autant prédire le tempérament d’un poulain à partir d’un simple test génétique ? Pas encore, car ces polymorphismes n’expliquent qu’une fraction de la variabilité comportementale. Ils illustrent cependant le lien étroit entre neurobiologie, génétique et tempérament. À l’avenir, la combinaison d’analyses génomiques et de données comportementales fines pourrait permettre de mieux comprendre quels profils génétiques sont associés à des tempéraments plus adaptés à certaines disciplines ou à la médiation animale.

Influence des lignées de reproducteurs sur la docilité : cas du hanovrien

Les bases de données de stud-books comme celui du Hanovrien offrent un terrain d’étude unique pour analyser l’héritabilité des traits de tempérament. Dans cette race de sport allemande, la docilité, la coopération sous la selle et la capacité de concentration font désormais partie des critères d’évaluation des reproducteurs. Des analyses statistiques à grande échelle ont montré que certaines lignées transmettent plus régulièrement des chevaux calmes, faciles à monter et à éduquer, tandis que d’autres produisent des individus plus vifs, parfois plus compliqués pour les cavaliers peu expérimentés.

Pour l’acheteur comme pour l’éleveur, consulter les index de tempérament et les retours des cavaliers sur la descendance d’un étalon devient donc une démarche essentielle. Si vous recherchez un cheval de loisir fiable, mieux vaut privilégier des lignées reconnues pour leur stabilité mentale. À l’inverse, pour le haut niveau, un tempérament plus réactif peut être un atout, à condition d’être accompagné par un cavalier expérimenté. L’objectif n’est pas de standardiser tous les chevaux, mais de faire coïncider au mieux le profil génétique avec le projet de travail et le niveau de compétence de l’humain.

Études de l’INRAE sur la transmission héréditaire du tempérament

En France, l’INRAE a mené plusieurs travaux pionniers sur la transmission héréditaire du tempérament équin, notamment sur les chevaux de selle et les trotteurs. En combinant des tests standardisés (réactivité à la nouveauté, isolement social, contact humain) avec des analyses de parenté, les chercheurs ont estimé les héritabilités de différentes dimensions comportementales. Ils ont ainsi mis en évidence que l’émotivité, la grégarité et la sensibilité tactile présentent des composantes génétiques significatives, ouvrant la voie à leur intégration dans les programmes de sélection.

Ces résultats confirment ce que beaucoup d’éleveurs observaient déjà empiriquement : « le mental » se transmet, au moins en partie. Pour aller plus loin, certains haras commencent à tenir des registres précis des comportements observés chez les poulains et les jeunes chevaux, afin de disposer de données fiables sur plusieurs générations. En croisant ces informations avec les performances sportives et les indicateurs de bien-être, il devient possible de sélectionner non seulement des chevaux performants, mais aussi plus adaptés à une équitation respectueuse et sécurisée.

Impact de l’environnement précoce sur le développement comportemental

Si la génétique pose le cadre du tempérament, l’environnement précoce va en façonner l’expression. Les premières semaines et les premiers mois de vie constituent une période sensible durant laquelle les expériences vécues laissent une empreinte durable sur le comportement futur du cheval. La qualité de la relation mère-poulain, le type de logement (pré, box, stabulation), la richesse des interactions sociales et la nature des premiers contacts avec l’humain influencent toutes la manière dont l’animal appréhendera le monde adulte.

Des études en éthologie ont montré que les poulains élevés en groupe, avec un accès régulier au pâturage et à des congénères de différents âges, développent en général une meilleure compétence sociale et une moindre réactivité à la nouveauté. À l’inverse, un sevrage brutal, un isolement prolongé ou des manipulations trop coercitives favorisent l’apparition de comportements de peur, d’agressivité ou de résignation acquise. Pour le propriétaire, cela signifie qu’investir dans un environnement riche et sécurisant dès le plus jeune âge constitue l’une des meilleures garanties d’obtenir plus tard un cheval équilibré, quel que soit son tempérament de base.

Méthodes d’évaluation pratique : tests de tempérament et grilles d’observation

Connaître le tempérament de son cheval ne relève pas seulement de l’intuition : il existe aujourd’hui des protocoles fiables permettant d’évaluer de manière standardisée les grandes dimensions comportementales. Ces tests, développés dans le cadre de la recherche en éthologie, ont été adaptés pour être utilisables en élevage, en centres équestres ou par des professionnels du comportement. Ils combinent des mises en situation contrôlées (nouveauté, isolement, interaction humaine) et des grilles d’observation précises, afin de quantifier ce que l’on perçoit souvent de façon subjective.

Pour le cavalier ou le propriétaire, ces outils sont précieux à plusieurs titres : ils aident à mieux comprendre les réactions de son cheval, à anticiper les difficultés d’apprentissage et à adapter les méthodes d’entraînement. Ils permettent aussi de comparer plusieurs individus de manière objective lors d’un achat ou d’une sélection. Enfin, répéter ces évaluations à différents moments de la vie du cheval offre un moyen de suivre l’évolution de son état émotionnel et de détecter précocement l’apparition d’un stress chronique ou d’un mal-être.

Le test de réactivité à l’humain développé par seaman et visser

Parmi les outils les plus utilisés, le test de réactivité à l’humain, élaboré notamment par Seaman et Visser, vise à évaluer la propension du cheval à approcher ou à éviter une personne inconnue. Concrètement, le cheval est placé dans un espace qu’il ne connaît pas ou peu, puis un humain neutre, sans interaction verbale ni gestuelle excessive, entre dans l’enclos et reste immobile ou se déplace lentement. On mesure alors le temps nécessaire au cheval pour s’approcher, la distance minimale qu’il accepte et la nature des comportements observés (curiosité, indifférence, fuite, agressivité).

Ce test permet de distinguer les chevaux naturellement confiants envers l’humain de ceux qui se montrent méfiants ou sur la défensive. Pour vous, propriétaire, ces informations sont très utiles : un cheval très réservé nécessitera un travail spécifique de mise en confiance, avec des séances courtes, prévisibles et positives. À l’inverse, un cheval qui cherche rapidement le contact humain pourra être plus facilement engagé dans des activités d’équitation de loisir ou de médiation, à condition bien sûr de respecter son rythme et ses limites.

L’échelle de notation comportementale de momozawa

L’échelle de Momozawa propose une approche complémentaire, basée sur des questionnaires standardisés renseignés par les personnes qui côtoient régulièrement le cheval (propriétaires, cavaliers, soigneurs). Elle évalue différentes dimensions de la personnalité et du tempérament, telles que la curiosité, la sociabilité, l’agressivité, la peur ou la tolérance à la frustration, à partir de situations du quotidien. Chaque item est noté sur une échelle, ce qui permet d’obtenir un profil global du cheval et de comparer plusieurs individus entre eux.

Cette méthode présente l’avantage de s’appuyer sur des observations répétées, dans des contextes variés, plutôt que sur une seule séance de test. C’est un peu comme établir le « portrait psychologique » d’un cheval à partir de ceux qui le connaissent le mieux. Pour rendre cette évaluation réellement utile, il est essentiel de répondre avec honnêteté et précision, sans chercher à embellir la réalité. En croisant les résultats de l’échelle de Momozawa avec des tests en situation, on obtient une vision plus nuancée et plus fiable du fonctionnement émotionnel de l’animal.

Protocole d’évaluation en conditions de nouveauté et d’isolement

Les tests de nouveauté (objet inconnu, surface inconnue) et d’isolement social constituent des piliers de l’évaluation du tempérament. Dans le test de l’objet inconnu, on introduit par exemple un parapluie ouvert, un ballon ou une bâche colorée dans le manège, puis on observe la distance d’approche spontanée, les signes de peur (sursauts, renâclements, fuite) et le temps nécessaire pour que le cheval interagisse avec l’objet. Le test de la surface inconnue consiste généralement à faire passer le cheval sur une bâche ou un sol inhabituel, en mesurant le temps d’hésitation et le mode de franchissement.

Les situations d’isolement, quant à elles, évaluent la grégarité et la capacité du cheval à rester fonctionnel lorsqu’il est séparé de ses congénères. On observe alors le nombre d’hennissements, l’agitation locomotrice, la transpiration ou encore la difficulté à se concentrer sur l’humain. Ces tests, qui peuvent sembler simples, doivent toujours être réalisés dans des conditions de sécurité optimales, avec des sorties de secours, un matériel adapté et un observateur expérimenté. Utilisés avec discernement, ils offrent un excellent moyen de mieux comprendre le profil émotionnel de votre cheval et d’ajuster en conséquence la progression de son travail.

Application du horse personality questionnaire (HPQ) en élevage

Le Horse Personality Questionnaire (HPQ) est un outil développé pour recueillir de manière systématique les perceptions des humains sur la personnalité de leurs chevaux. Il couvre de nombreuses dimensions comportementales (peur, curiosité, sociabilité, dominance, activité, etc.) et a été validé dans plusieurs pays et sur différentes races. En élevage, le HPQ permet de collecter des informations standardisées sur un grand nombre d’individus, facilitant l’analyse statistique des liens entre tempérament, performances et lignées génétiques.

Concrètement, un haras peut demander aux cavaliers et aux soigneurs de remplir le HPQ pour chaque jeune cheval à différents âges (par exemple à 3, 5 et 7 ans). En comparant les résultats, il devient possible d’identifier les étalons et juments qui transmettent des profils particulièrement recherchés (calme, curiosité, coopération) ou au contraire des traits plus délicats à gérer (peur marquée, agressivité, impulsivité). Pour vous, futur acquéreur, s’intéresser à ce type de données, lorsqu’elles sont disponibles, constitue un atout précieux pour choisir un cheval dont le tempérament correspondra réellement à votre projet et à votre manière de monter.